Des impulsions d'atomes d'antihydrogène pour mesurer la gravité
Mesurer la gravité à laquelle est soumise l'antimatière est un des défis actuels, avec pour enjeu de tester les lois fondamentales de la physique. Dans le cadre de la collaboration AEgIS au CERN, les physiciens et les physiciennes ont formé pour la première fois des atomes d'antihydrogène en mode pulsé, avec une précision temporelle inégalée de 250 ns, une étape majeure qui permettra de manipuler ces atomes et de mesurer avec précision l'accélération à laquelle est soumis l'antihydrogène sous l'effet de la gravitation terrestre.
Plusieurs programmes d'expériences au CERN ont pour projet d'étudier l'antihydrogène, la forme neutre la plus simple de l'antimatière : un atome d'antihydrogène (H ̅) est similaire à un atome d'hydrogène mais constitué d'un antiproton (p) au lieu d'un proton et d'un positron (e+) au lieu d'un électron (e-)
Afin de former les atomes d'antihydrogène, un faisceau de positrons est envoyé sur une cible de silicium pour préalablement former des atomes de positronium (atomes formés d'un positron et d'un électron). Ces derniers sont excités par un laser impulsionnel dans des états de Rydberg, c'est-à-dire des états très excités pour lesquels les orbites de l'électron ou du positron sont très grandes. Ils cèdent ensuite leur positron à des antiprotons piégés à basse température par des champs électromagnétiques, ce qui conduit à la formation d'atomes H ̅. L'expertise des laboratoires français a été utilisée pour analyser et produire l'excitation laser des atomes de Rydberg du positronium qui ont la particularité de présenter un grand effet Doppler. Il s'agit ici de la première réalisation avec un mode pulsé d'atomes H ̅ et la précision inégalée obtenue sera mise à profit dans les futures expériences pour la manipulation des atomes par des lasers ou des champs électriques impulsionnels et les mesures de temps de vol.
Référence
Pulsed production of antihydrogen. C. Amsler, M. Antonello, A. Belov, G. Bonomi, R. Sennen Brusa, M. Caccia, A. Camper, R. Caravita, F. Castelli, P. Cheinet, D. Comparat, G. Consolati, A. Demetrio, L. Di Noto, M. Doser, M. Fanì, R. Ferragut, J. Fesel, S. Gerber, M. Giammarchi, A. Gligorova, L.-T. Glöggler, F. Guatieri, S. Haider, A. Hinterberger, A. Kellerbauer, O. Khalidova, D. Krasnický, V. Lagomarsino, C. Malbrunot, S. Mariazzi, V. Matveev, S. Müller, G. Nebbia, P. Nedelec, L. Nowak, M. Oberthaler, E. Oswald, D. Pagano, L. Penasa, V. Petracek, L. Povolo, F. Prelz, M. Prevedelli, B. Rienäcker, O. Røhne, A. Rotondi, H. Sandaker, R. Santoro, G. Testera, I. Tietje, V. Toso, T. Wolz, P. Yzombard, C. Zimmer & N. Zurlo. Communications Physics. Publié le 08 février 2021.
DOI: 10.1038/s42005-020-00494-z
Article disponible sur la base d’archives ouverte hal