Le campus CNRS de Gif-sur-Yvette devient site pilote pour l’Observatoire biodiversité des sites CNRS
Le CNRS a récemment lancé, sur son campus de Gif-sur-Yvette, son premier « Observatoire de la biodiversité ». Destinée à s’étendre progressivement à l’ensemble des sites CNRS en France hexagonale, cette démarche vise à recenser et préserver les espèces animales et végétales présentes sur ses sites, renforçant ainsi son engagement en faveur de la protection des écosystèmes.
Le CNRS, premier organisme de recherche français, s’engage activement dans la préservation de la biodiversité, d’une part grâce aux recherches menées dans ses laboratoires et également dans sa politique d’établissement à travers un plan biodiversité, intégré à son schéma directeur développement durable et responsabilité sociétale. Pour mieux comprendre et protéger la faune et la flore présentes sur ses sites, le CNRS a lancé, en 2026, une démarche participative : l’Observatoire de la biodiversité des sites CNRS.
Un observatoire pilote à Gif-sur-Yvette
Cet observatoire, inspiré des sciences participatives, a pour objectif de suivre dans la durée, sur plusieurs sites du CNRS, certaines espèces animales et végétales indicatrices des pressions que les activités humaines exercent sur la biodiversité. La première étape de ce projet a été déployée sur le campus CNRS de Gif-sur-Yvette (Essonne), devenu site pilote en mai 2026.
Ce campus, qui s’étend sur 80 hectares - dont la moitié est boisée -, abrite une biodiversité remarquable : séquoias, ginkgos, cèdres de l’Atlas, et même un platane d’Espagne tricentenaire.
Des protocoles scientifiques pour un suivi rigoureux
L’Observatoire contribue à deux des bases de données nationales intégrées au programme de sciences participatives VigieNature porté par le Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) : Propage pour le suivi des papillons de jour et Florilèges pour le suivi de la flore des prairies urbaines. Le campus CNRS de Gif-sur-Yvette contribue également au protocole scientifique Vigi Chiro, dédié au suivi des populations des chauves-souris. VigieNature vise à mobiliser les citoyens, les chercheurs et les gestionnaires de territoires pour suivre la biodiversité, en s’appuyant sur des protocoles scientifiques rigoureux. Le dispositif contribue à la collecte de données standardisées essentielles pour évaluer l’état de la biodiversité et orienter les politiques de gestion des sites.
« Ces méthodes ont été choisies car elles couvrent un large éventail de pressions exercées sur la biodiversité sur les sites du CNRS », précise Séverin Baron, responsable adjoint du Pôle transition environnementale du CNRS. Ainsi, ces protocoles permettent d’évaluer des impacts variés, tels que la perturbation de la quiétude des espèces, la présence de produits phytosanitaires, la fragmentation des corridors biologiques, les effets du changement climatique ou encore les pratiques de fauche des prairies.
Sur le terrain, deux à trois agents volontaires par site seront chargés de réaliser ces suivis, encadrés par un animateur dédié.
Le campus de Gif se distingue par l’ajout d’un dispositif de terrain : la tente Malaise, du nom de l’entomologiste René Malaise. Cet outil permet de capturer un grand nombre d’insectes volants, afin d’en analyser l’ADN puis de les identifier. « En un an, une tente Malaise permet de détecter plusieurs milliers d’espèces d’insectes sur un site comme Gif, explique Rodolphe Rougerie, enseignant-chercheur au Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) au sein de l’Institut de systématique, évolution, biodiversité1 et coordinateur du dispositif à Gif. Il nourrit ainsi l’inventaire général d’une communauté pour mieux connaître et mesurer la diversité des insectes en région tempérée. Et, ce faisant, les impacts humains sur celle-ci. »
Un outil d’aide à la décision pour préserver la biodiversité
Ces protocoles fournissent des clés concrètes pour réduire les impacts environnementaux, comme le souligne Sandrine Ceresiani, chargée d’études et de projet immobilier à la délégation CNRS Île-de-France Gif-sur-Yvette et porteuse de l’Observatoire sur le campus giffois : « L’objectif est d’avoir une cartographie de la biodiversité sur le campus et d’en faire un outil d’aide à la décision sur le mode de gestion des espaces verts afin de favoriser au maximum la biodiversité. »
Au-delà de la préservation de la biodiversité, ces démarches pourront faciliter l’identification de solutions fondées sur la nature, qui seront bénéfiques aussi bien pour les humains que la faune et la flore. « Une démarche de renaturation des campus pourra les rendre aussi plus résistants aux risques environnementaux comme les canicules, les inondations, etc. », souligne Séverin Baron. C’est ce que l’on appelle un « co-bénéfice » : protéger la biodiversité, c’est aussi adapter le site au changement climatique et préserver les conditions de travail des agents.
Une démarche intégrée dans une transition environnementale globale
Pour le campus CNRS de Gif-sur-Yvette, cette action s’inscrit dans la continuité de celles engagées au cours des dernières années, dans une démarche de transition environnementale : gestion différenciée des espaces verts, éco-pâturage depuis 2022 ou encore recyclage d’une partie des déchets végétaux afin d’en faire du paillage. Ces efforts ont permis au site d’obtenir le label EcoJardin en 2025, récompensant sa gestion écologique des espaces verts.
« Le campus CNRS de Gif-sur-Yvette est l’un des plus vaste du CNRS, et un travail global y est mené depuis des années en matière de développement durable, rappelle Carole Le Contel, déléguée régionale adjointe de CNRS Île-de-France Gif-sur-Yvette et référente développement durable de la délégation. C’est donc un terrain idéal pour une démarche de recherche participative contribuant à la mesure et à la préservation de la biodiversité. »
- 1
ISYEB - CNRS/EPHE-PSL/MNHN/Sorbonne Université/Université des Antilles